29.01.2008
L'homme au bras d'or
L'HOMME AU BRAS D'OR : L'étonnant film noir d'Otto Preminger parle de la drogue avec efficacité. Interprété par Franck Capra, Frankie Machine revient de prison après une longue peine et une désintoxycation. Il est prêt à recommencer sa vie. Cependant, tout son entourage ne semble pas convaincu de ses nouvelles résolutions.
L'homme de la prison : Arrêtés par une troupe de policier dans la rue, Frankie et son ami discutent dans une cellule de prison contenant une dizaine d'autres hommes.
La séquence commence à priori paisiblement, par le mécontentement de Frankie suite à un rendez-vous auquel il devait aller. Il semble plutôt maître de lui. En arrière-plan la cellule est vide, mais la présence des autres prisonniers se devine vers la gauche en hors-champ.
Soudain, un jeune homme fait violemment irruption dans l'arrière-plan, interrompant la discussion et le calme apparent.
Il se rue sur les grilles qu'il se met à secouer avec rage et folie, en manque de drogue.
Les autres prisonniers se regroupent et le regardent, abasourdis. Cependant, Frankie, dès l'irruption, s'agrippe par reflexe à un barreau, comme pour l'empêcher de « retomber ». Il baisse ensuite la tête, en proie à des frissons, en écho à la douleur de l'autre. Cependant, son attitude passe inaperçue.
Il se retourne volontairement face aux grilles, donc à la caméra, pour cacher son trouble et nous le dévoiler.
Ce gros plan est particulièrement violent par l'émotion que dégage l'acteur et ses yeux, son étouffement et ses larmes qu'il tente de refouler. De plus, son visage nous coupe de toute l'action en arrière-plan, imposant soudain un calme effrayant.
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28.01.2008
Et au milieu coule une rivière 2
2) La pêche de Paul : Après ce petit-déjeuner, Norman, Paul et leur père (Tom Skerritt) partent pour leur dernière partie de pêche.
Cette séquence est l’apogée du film, de la relation familiale, du personnage de Paul et surtout du thème de l’eau. Paul y pratique une prouesse de pêche, proche du miracle.
Durant cette séquence, la force de l’eau s’exprime face à Paul. Le jeune homme maîtrise avec grâce et beauté sa ligne et entame un véritable combat avec la rivière tourbillonnante. Les prises de vues passent du plan moyen au plan d'ensemble, ce dernier signifie la dominance de l'eau et non plus du pêcheur.
Les mains se détachent avec netteté sur le fond bouillonnant, preuve du calme et de la dextérité du pêcheur.
Au cours de la séquence, Paul tente de s’opposer à son ennemi.

Mais rapidement, il est entraîné et se fond dans la masse à la fois effrayante et féerique, pour en ressortir victorieux. Seule le bras réussit à se maintenir hors de l'eau tout au long de la descente.
21:20 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Et au milieu coule une rivière 1
ET AU MILIEU COULE UNE RIVIERE : Le très beau et très simple film de Robert Redford, adapté du roman autobiographique de Norman Maclean, se caractérise par l’histoire fraternelle et familiale ayant comme cadre un petit bourg du Montana, traversé par des rivières et empreint de la pêche. Robert Redford réussit avec autant de pudeur et de poésie à retranscrire cette très belle amitié entre les deux frères, merveilleusement interprétés par Craig Sheffer et Brad Pitt.
1) La nomination de Norman : Au cours du petit-déjeuner, Norman Maclean (Craig Sheffer) annonce à ses parents et à son frère Paul (Brad Pitt) sa nomination au poste de littérature anglaise à l’université et donc son départ prochain.
Cette scène ne comporte pas de prouesses visuelles mais juste une interprétation très juste, par regards et mimiques, sur la relation entre les deux frères. Norman, en face de son frère, s’oblige à ne pas le regarder tandis qu’il annonce la nouvelle à ses parents.
Eux réagissent avec fierté et s’opposent à Paul essayant de cacher avec peine sa déception.
Le cadre définit Norman et Paul de dos. Le premier rougit de plaisir tandis que la réaction du second est facile à deviner.
La lutte intérieure de Paul, si efficace grâce à l’excellent Brad Pitt, ne prend fin que lorsqu’il arrive à articuler « Professor ! », interpellant ainsi son frère et l’obligeant à le regarder en face et à dévoiler ses sentiments.


Norman hésite et relève finalement un regard désolé.
Paul annonce finalement « I’m proud of you. ». Le cadre comprend maintenant Paul de face et son frère : ils sont réconciliés.
21:11 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.01.2008
FAHRENHEIT 451
FAHRENHEIT 451 : L’adaptation cinématographique du roman de science-fiction de Ray Bradbury, par François Truffaut, ne s’avère pas l’une des œuvres les plus abouties du cinéaste, mais pas la moins intéressantes. Truffaut eut l’intelligence de ne pas construire l’ intrigue amoureuse entre Montag et Clarisse, ce qui fut difficile car l’acteur Oskar Werner, décadent et vaniteux, essayait en permanence durant les prises de séduire Julie Christie. Le tournage fut particulièrement éprouvant pour le réalisateur, brouillé avec l’acteur et tracassé par les problèmes financiers du film (notamment les décors futuristes impressionnants).
Le premier livre de Montag : (dans la version futuriste, les livres sont strictement interdits et la brigade des pompiers est chargée de les brûler et d’arrêter les « opposants ».).
Tandis que sa femme dort et intrigué par les paroles de Clarisse, le pompier Montag décide de lire en cachette un roman qu’il a récupéré lors d’une « rafle ».
Cette scène est évidemment essentielle pour le personnage de Montag (malheureusement curieusement interprété par un Oskar Werner lassé). Le hasard est qu’il ouvre pour la première fois un livre autobiographique, où l’histoire d’une vie coïncide avec la sienne qui débute peut-être. Il lit, tel un enfant, avec une élocution maladroite, les Souvenirs intimes de David Copperfield de Mark Twain.
Au fur et à mesure de la lecture, le point de vue devient de plus en plus resserrés, symbolisant l’introspection de Montag dans le monde de la lecture, et également la naissance de sa passion.
Tout au long du texte énoncé, de nombreuses phrases font écho au phénomène se créant en Montag. Par exemple « I am born ». (Je suis né)
« Commençons par le début de ma vie »
Et surtout, le mot « believe » (croire) qui clôture la séquence.
19:56 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.01.2008
Règle du jeu 3

Octave chef d’orchestre : Octave connaît Christine par le biais de son père, grand chef d’orchestre décédé qui
le considérait comme son fils. Tandis qu’à l’intérieur du château, la fête bat son plein (mais pas toujours de manière joyeuse),
Christine et Octave se sont réfugiés dehors et discutent gaiement.
Octave ouvre la fenêtre : il s’agit de la première ouverture vers l’extérieur, où se jouera le drame. La séquence commence d’abord joyeusement. Octave raconte diverses anecdotes, faisant rire Christine.
En ouvrant la fenêtre, Octave entraîne une rupture avec :
*la folie des autres invités à l’intérieur
*les plans adoptés jusqu’alors (du gros plan au plan d’ensemble)
*l’ambiance : seules les notes au piano se font entendre.

Octave imite alors le père de Christine démarrant l’orchestre. Il se symbolisent lui-même car, jusqu’à la fête, Octave était le chef d’orchestre des relations amoureuses entre André et Christine, mais aussi indirectement des autres protagonistes. Au moment où il s’apprête à lancer le concert, Octave s’arrête net : il ne peut plus contrôler les événements et le drame qui va suivre.
20:37 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Règle du jeu 2
Marceau et Lachesnay : Robert Lachesnay s’est pris d’affection pour un braconnier de ses terres misérable, Marceau (Julien Carette) , et l’a engagé dans le château. Cependant, Marceau s’est pris d’amour pour Lisette, la femme du garde-chasse Schumacher, ce que ce dernier voit d’un très mauvais œil. Marceau, traqué par le mari dans les couloirs du château, demande de l’aide à son employeur…
Cette scène représente un court moment, la possible absence de distinction entre les classes sociales. Marceau interpelle Lachesnay dans une impasse du décor, symbolisant la mise à l’écart des conventions.

Le « déclassé » confie ses problèmes de coeur à l’aristocrate. Et ce dernier y répond par ses propres sentiments ressemblants. Par la discussion sur les femmes, les deux hommes se rejoignent.

De plus, tout en s’opposant et en s’unissant, Marceau, la cigarette en bouche et les cheveux gras, refait le nœud papillon de Lachesnay, l’aidant à retrouver sa noblesse au sein de ses invités.
20:30 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Règle du jeu 1
LA REGLE DU JEU : Le film de Jean Renoir, aujourd’hui incontournable mais autrefois fortement critiqué et dévalorisé, est une satire subtile de l’aristocratie, où les chassés-croisés amoureux de personnages hauts en couleur sont d’une ingéniosité remarquable. Jean Renoir n’y condamne personne, tout en ironisant les dialogues et les protagonistes.
Etudes de trois séquences particulières, dont deux annonçant le drame final.
L’arrivée d’André Jurieu : André Jurieu ( Roland Toutain) , aviateur, est amoureux de Christine (Nora Gregor), mariée à Robert Lachesnay (Marcel Dalio ), homme riche et collectionneurs d’automates. Ils ont un ami en commun, Octave (Jean Renoir), qui va demander à Lachesnay d’inviter André pour le week-end de chasse qu’il organise. Christine attend donc André.
Cette séquence, très importante, symbolise par sa mise en scène l’amour impossible de Christine et d’André, notamment parce qu’ils n’appartiennent pas à la même classe sociale.
La voiture comprenant André et Octave arrive devant l‘entrée du château, tandis qu’un autre plan nous montre Christine discutant dans le hall d’entrée.
Elle aperçoit soudain la voiture. En réponse à la question de son amie quant au nouvel invité, Christine dévoile son nom et ainsi les réunit dans le même plan par le biais d’un travelling dévoilant l’entrée.

Cependant, la rampe d’escalier située entre eux deux symbolise l’impossibilité de se rejoindre. Ils restent à distance et c’est Octave, personnage naviguant entre les deux classes sociales, qui permettra d’introduire André.
De même, leur union concrétisée par leurs mains serrées semblant un signe d’accueil, est brisée par l’arrivée rapide de
Lachesnay, qui prend tout de suite soin de sa femme. Ensuite, il annonce les autres invités, noyant l’amour d’André et de Christine.
20:25 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13.01.2008
ARMEE DES OMBRES 2
2) La mort de Mathilde
Il s’agit de la séquence finale, où Mathilde (Simone Signoret), une des pionnières de la Résistance, capturée par la Gestapo, est assassinée par ses collaborateurs les plus proches. Face à un dilemme mettant en danger tout le réseau, elle est mise en liberté provisoire et les autres personnages centraux du film – Gerbier (Lino Ventura) ; Luc Jardie, le grand patron (Paul Meurisse) ; Lemasque (Claude Mann) ; Le Bison (Christian Barbier) – en profitent.
Cette séquence est l’unique commençant par un plan où s’inscrit une date très précise, soulignant son importance symbolique.
(Par ailleurs, le même principe est utilisé dans le film récent d’Andrew Dominik sur l’assassinat attendu de Jesse James. Mais il faudra attendre la sortie en DVD pour avoir les chroniques au sujet de cette séquence).
Deux travellings, arrière et avant, s’opposant, symbolisent la venue de la mort pour Mathilde. Le travelling arrière sur la voiture aux vitres fumées, lui confère une impression de supériorité des assassins invisibles ; tandis que le travelling avant sur Mathilde, avançant elle aussi, la réduit à l’état de victime impuissante.
De même pour la séquence d’étranglement, Melville privilégie avec brutalité les gros plans successifs et saccadés des personnages regardant hors champ, leur victime ou leur meurtrier, néanmoins réunis par cette mort finale.
Le regard impressionnant de Mathilde, laisse planer un doute. Est-ce de la surprise, de l’attente ou de la peur qu’elle ressent ?
Cette séquence où les membres de la Résistance se confrontent à leurs sentiments contraires à leurs actes, annonce ensuite leur destin tragique, leur mort unique étant présentée de manière universelle, malgré leur petitesse dans l’organisation.




16:44 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
ARMEE DES OMBRES 1
L’ARMEE DES OMBRES : Adapté du magnifique roman de Joseph Kessel, Jean–Pierre Melville a réalisé (selon moi) sa plus belle œuvre, se détachant de ses précédents films noirs, policiers, et présentant une version très fidèle au manuscrit original, tout traduisant efficacement la même noirceur, le même mystère, la même part de courage et de danger à la Résistance. Les acteurs, tous connus, y sont au sommet de leur art, portés par la magnifique musique d’Eric Demarsan.
Etudes de deux séquences consacrées à la mort, provoquée par deux fois par les membres de la Résistance.
1) La mort d’un traître
Philippe Gerbier (Lino Ventura), évadé d’un camp d’emprisonnement, retrouve celui qui l’a trahi dans la Résistance, Paul Dounat (Alain Libolt). Avec Félix (Paul Crauchet), ils l’emmènent dans une maison louée pour l’occasion, située dans un petit quartier très sonore. Un jeune agent de liaison, Claude Lemasque (Claude Mann), y apprend avec stupeur que la mission qui leur a été confiée consiste à tuer le traître.
Cette séquence se déroule en huis clos, où le hors champ sonore joue un rôle important et inquiétant. L’assassinat a lieu dans une pièce sombre, aux volets et portes fermées. Cependant, les murs sont du « papier à cigarette » et les cris d’enfants présents dans le jardin voisin résonnent dans la pièce. Leurs intonations juvéniles et joyeuses contrastent amèrement avec la discussion sur le moyen de tuer Dounat entre les trois hommes.
Les réactions à la fois fatiguées et impassibles de Gerbier et Félix s’opposent fortement à la jeunesse anxieuse représentée par Lemasque et Dounat ? Cependant, tous ressentent la même peur de la mort.
Quand la décision est prise ( l’étranglement), la mise en scène et le point de vue deviennent théâtraux : la scène est délimitée par cette pièce fermée où l’on, tire les rideaux, l’éclairage est représenté par une unique ampoule au plafond, et il ne reste plus qu’à placer le traître sur la chaise prévue et utiliser le torchon.
Mais dès que l’étranglement commence, les gros plans remplacent brutalement le plan d’ensemble, et le baîllon est un prétexte terrifiant d’hors champ sonore et de suggestion. La mort arrive donc par crescendo.

Dès que la mission prend fin, le retour à la théâtralité s’effectue : l’ouverture des rideaux et des portes, l’immersion de la lumière solaire (symbolisant une échappée, une sortie) dans la pièce sombre. C’est la fin de l’Acte
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LISTE DES FILMS
Chaque film est recensé par ordre alphabétique dans cette note, ainsi que le titre de la séquence analysée. A savoir que ce dernier est soit déterminé par le titre correspondant sur la jaquette du DVD, soit par l'auteur de l'analyse, donc reflétant le propos globale de la séquence.
Certains films sont déterminés à l'avance, mais leur(s) analyse(s) peuvent tarder.
A
L'armée des ombres (Jean-Pierre Melville) :
L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik) :
*L'assassinat de Jesse James
*Séquence du dîner
E
Edward aux mains d'argent (Tim Burton) :
*Ice dance
Et au milieu coule une rivière (Robert Redford) :
F
Fahrenheit 451 (François Truffaut) :
H
L'homme au bras d'or (Otto Preminger) :
P
The pianist (Roman Polanski):
R
La règle du jeu (Jean Renoir) :
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